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Il serait tout à fait injuste d'établir le moindre rapprochement entre la soierie lyonnaise et les premiers papiers peints fabriqués par les cartiers-dominotiers dont Natalis Rondot a retrouvé les noms.

Les modestes impressions, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, ne servaient guère qu'à tapisser les chambres des artisans et les garde-robes ou les pièces de débaras des grandes maisons.

Mais lorsque la fabrication du papier peint fut devenue un véritable métier d'art, sous l'impulsion de Réveillon,d'Arthur, de Windsor et d'autres industriels parisiens, il prit place dans les intérieurs les plus luxueux, au détriment parfois des tapisseries de haute lisse et des tentures de soie

Naturellement, il imita ces sortes riches, les tapisseries à l'aide des " tontisses ", les lampas, les damas et les brocarts à l'aide d'impressions en couleurs par plusieurs planches.

Certes, les ateliers ne se contentaient pas de copier. Ils avaient d'excellents dessinateurs, les mêmes que pour la soierie ( 1) et la toile imprimée, très capables de créer des modèles originaux.

Mais comme le papier peint est avant tout un art d'imitation, destiné à remplacer un produit coûteux, la soie, par un équivalent à bon marché, ce sont les dessins de la fabrique lyonnaise qui firent les frais de cette vulgarisation.

Bien plus, nous verrons que le plus célèbre fabricant de soieries de Lyon, Camille Pernon, fonda une manufacture de papiers peints, vers 1800, circonstance qui a, jusqu'ici, échappé à ses biographes.

Plus encore qu'avec la soie, le papier peint fut en coquetterie avec la toile imprimée.

Les indienneries de Mulhouse, Hartmann, Risler et Cie, fondèrent en 1797, la manufacture de Rixheim, qui, sous la direction de Zuber, devint une des premières de France.

On peut même croire que les mêmes planches de bois gravés servirent dans plus d'une manufacture à la fois à la toile et au papier, mais nous n 'en avons pas encore la preuve.

Tout ceci explique comment Lyon, avec son école de dessin et sa phalange de dessinateurs de fabrique, prit une place importante dans l'industrie du papier peint.

Il y atteignit même un singulier degré de perfection, car le beau panneau arabesque de1780 environ, que nous reproduisons, pourrait être attribué à Réveillon, s'il ne portait pas la marque du Lyonnais Ferrouillat.

De plus, c'est de Lyon - plus précisément de l'atelier de Camille Pernon - que partit l'invention du papier linon brodé, qui fit fureur sous l'Empire, la Restauration et même le Gouvernement de Juillet.

Nous sommes malheureusement assez mal renseignés sur les ateliers lyonnais d'avant la Révolution.

Nous ne savons rien des travaux de Foy ni de son émule Roche, dont les noms sont cités dans l'Histoire du Papier peint, de miss Nancy Mac Clelland.

Nous ignorons également si le négociant lyonnais Lecomte fit un premier établissement dans sa patrie avant de fonder à Paris, rue des Prouvaires, à côté de la rue des Trois-Ecus, sa fabrique de tontisses.

Il mourut au moment de lancer ses produits, et sa veuve fit à l'automne 1769 une large publicité dans l 'Année littéraire, l'Almanach sous verre, le Mercure de France, le Courrier de la Mode.

On sait ainsi que ses papiers veloutés étaient à décor de roses, de bouquets, de rubans, de sujets chinois, qu'ils imitaient les étoffes de soie et qu'ils contenaient un mordant les mettant à couvert des morsures des insectes.

Le prix , était de 25 sols l'aune pour les bouquets, de 40 sols pour les roses, de 45 sols pour le Concert chinois.

Mais bien que les Affiches et avis divers aient annoncé, le 25 avril 1770, que ces papiers avaient eu l'approbation de l'Académie des Sciences, il n'est plus question dans la suite de cette entreprise.

Nous ne connaissons non plus que par sa réclame, un Lyonnais de la même époque, Antonin Girard, marchand-fabricant de papier aux Quatre parties du monde rue Neuve-Saint-Nizier, qui tenait un assortiment varié de « papiers peints pour meubles, imitant le papier de la Chine, d'Angleterre de Damas, Pékin, velours, perses dans le genre arabesque le plus nouveau, des ornements d'architecture pour plafonds corniches, frises, pilastres, bordures, simèses, baguettes, lambris, boiserie, plintes et autres décorations ( 1) ».

Ferrouillat, lui, est bien un fabricant et même un excellent praticien.

Nous avons vu, chez divers antiquaires, de beaux papiers de sa façon, portant la marque " Manufacture de Ferrouillat et Cie, à Lyon ", et celui que nous reproduisons nous fait regretter de tout ignorer sur le compte de cet habile homme.

Il cessa sans doute son industrie aux environs de 1785, car F.-M. Chenavard se prétendra fondateur de " la plus ancienne manufacture" connue dans le pays.

Cet ex-fabricant de soieries, François-Marie Chenavard, né à Lyon, le 17 juin 1753, de François Chenavard, également fabricant, et de Catherine Basset de la Marelle, ouvrit une manufacture de papiers peints aux Brotteaux vers 1785.

Elle occupait, au dire de son fondateur, 200 ouvriers et valait - plus de 200.000 francs lorsqu'elle fut détruite par les armées de la République pour faciliter le succès de l'attaque de Lyon en 1793.

Chenavard, qui avait un talent appréciable de peintre de fleurs, puisé aux leçons du peintre Devarennes, réussit, à force d e persévérance, à relever l'établissement de ses ruines et lui rendit une certaine activité, grâce à sa spécialité des papiers mousseline et linon batiste, pour laquelle il prit un brevet le 30 septembre 1797.

Mais il n'en tira pas tout le profit attendu, car l'invention lui fut contestée par son concurrent Dusserre, et promptement contrefaite par les fabricants parisiens.

Le 14 mars 1798, il se voyait sur le point de vendre sa manufacture et sollicitait un secours du Gouvernement qui lui fut refusé. Une nouvelle requête, le 21 mai 1801 (1) n'ayant pas eu plus de succès, le fécond inventeur vint fonder à Paris, dans l'hôtel Soubise, une fabrique d'étoffes nouvelles, intermédiaires entre les tentures de soie et les papiers peints, qui lui valut les encouragements de l'Empereur et la fourniture des maisons impériales.

Quand il mourut, le 28 juin 1835, il laissait à son fils Henri un établissement de tapis et tapisseries des plus prospères.

Plusieurs ateliers virent le jour sous le Directoire et le Consulat.

La Description du département du Rhône de 1801 cite (outre Chenavard), Dusserre et Cie, Deyrieu frères, et Dumont, ce dernier sans doute peu important.

Verninac évalue la production de ces quatre manufactures et de celle de SaintGenis-Laval à moins de 250.000 francs.

Les Deyrieu affichaient des sentiments de plus pur civisme, si l'on en croit leur requête du 29 mars 1798 au Ministre de l'Intérieur :

"Citoyen Ministre,

" Des républicains, jaloux de faire contribuer les arts à l'avantage de la République vous adressent une collection de huit figures propres à décorer les sales (sic) d'administrations et de tribunaux de la République, qui, loin de se ressentir de la dignité et de la grandeur nationales, ne présentent pas même de caractères qui commandent le respect dû à la magistrature ou qui avertissent de la forme du Gouvernement au nom duquel on administre.

" La République, la Liberté, l'Egalité, et les vertus sociales personnifiées, en présence desquelles l'administrateur et l'administré se trouvent sans cesse, qui semblent les voir et les juger, les excitent ou les contiennent et font souvent naître dans leurs âmes les mouvements heureux qu'une représentation matérielle peut mettre en action.

" Indépendamment de l'impression que ces huit figures font à la pensée et au sentiment, l'oeil est satisfait par l'harmonie des couleurs et la vigueur de l' exécution.

" Il suffira, Citoyen Ministre, d'indiquer notre entreprise aux Administrateurs pour que leur civisme et leur zèle nous répondent du succès de nos intentions.

"Salut et respect.

" Deyrieu frères ( 1) ".

Le "Citoyen Ministre" se contenta, le 23 avril suivant, d'envoyer une note au journal le Rédacteur, avec la désignation des huit figures "coloriées de hauteur naturelle représentant la Liberté, la Justice, la Raison, la Loi, la République, la Vertu, la Philosophie " et c'est tout ce que nous savons des chefs-d'oeuvre des frères Deyrieu.

Plus heureux, nous avons pas retrouver au dépôt légal les papiers peints que Dusserre y a déposés en 1799 (1).

Outre l'intérêt qu'ils présentent, il ne faut pas oublier que Camille Pernon était le directeur de l'entreprise.

C'est une recommandation.

Les modèles déposés par la manufacture, le 30 août 1799, comprennent 14 bordures et 32 papiers de tenture.

Outre les motifs courants d'architecture, rosaces, carrelages, lambris et les sujets d'après l'antique à la mode du jour, on y remarque des compositions de fleurs au naturel, lilas, roses, bluets, d'un beau coloris, et une planche de papillons très réussie.

Les papiers à personnages coloriés évoquent les costumes à la mode, merveilleux et merveilleuses, en attitudes galantes et lestement troussées.

Dusserre - et nous n'en connaissons pas d'autre exemple -  reproduit des scènes en silhouette noire sur fond de couleurs, tels que la Course de haies et le Thé.

Mais ce qu'il y a de plus intéressant dans son envoi, ce sont trois échantillons de papier linon batiste, imitant parfaitement le tissu bleu, rose ou mauve, avec broderies blanches de roses, de couronnes, de fleurettes qui prouvent que, malgré le brevet de Chenavard, ses concurrents ne craignaient pas de profiter de son invention.

Cette particularité nous engagerait à identifier l'établissement avec la manufacture de la Charité, citée dans un article du journal le Mois, en 1800-1801, où le rédacteur conteste aux successeurs de Réveillon, Jacquemart et Bénard, la priorité de l'invention du papier mousseline ou linon brodé sur fond de couleur pour lequel ils venaient de prendre un brevet. " Nous croyons devoir prévenir que la fabrique de Lyon, à la Charité, et une autre de la même ville (Chenavard) ont déjà inventé le même procédé, qu'il a été accordé, il y a deux ans environ, un brevet d'invention à l'une d'elles, et qu'il existe même un procès à cet égard (1 ).

Si cette conjecture est exacte, Dusserre aurait eu pour successeur Benoît-Louis Rosset, place de la Charité, condamné au bannissement dans la conspiration formée à Lyon en janvier 1816 (2). Le rédacteur de la lettre cite aussi dans les fabricants en possession du procédé, Philippon, qui doit être le lyonnais Philippon, père du fondateur de la Caricature, bien que les biographes le donnent généralement comme "marchand " de papiers peints. Il est difficile, sinon impossible, d'attribuer à aucune d'entre elles la superbe suite des Monuments de Lyon dont nous donnons ici quelques lés.

Tout, dans le mérite du dessin et la perfection de l'exécution renvoie à un atelier parisien et nous ne croyons pas qu'il puisse être autre que celui de Dufour-Leroy qui avait imprimé avec succès, en 1814; les Monuments de Paris.

Non seulement on reconnaît la main de ses dessinateurs, mais le choix du sujet lui-même est une précieuse indication.

Joseph Dufour était Mâconnais, son gendre, Amable Leroy, Lyonnais: Quel meilleur modèle pouvaient-ils adopter pour donner un pendant à la Seine et ses bords, que celui des quais de la Saône qu'ils connaissaient si bien ? Bien plus, nous croyons qu'il faut reconnaître leurs portraits dans les personnages complaisamment capés au premier plan du dessin. Le vieux Dufour a son aune à la main (?) Sa fille, Marie-Joséphine, qui s'est mariée en 1821 a sa fillette à ses côtés. Amable Leroy complète le groupe de famille. Tout contribue à dater la suite de 1825 ou 1826 (1).